Entre réalité et prospective :
   L'armée de terre française en janvier 1989
 
David DELPORTE
 
 

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C – LA CHAÎNE « SANTÉ » :

 

Selon les termes du titre I de la formation militaire générale dans son modificatif n° 1 approuvé le 31 janvier 1985, le service de santé des Armées « a pour mission de contribuer à la conservation et à la récupération des effectifs et à l’entretien du moral des combattants. Cette mission comporte :

 
  • l’étude, la prescription, l’application et le contrôle des mesures d’hygiène et de prophylaxie,

  • le ramassage, le triage et le transport des blessés,

  • le traitement des blessés et des malades. »

 

De plus, dans une brève du 18 janvier 2018 dédiée à son action, le service de santé des Armées nous présente le soutien médical en opération :

 

« Le soutien médical en opération doit garantir une prise en charge continue du blessé depuis la blessure jusqu'au rétablissement complet. Il suppose la mise en œuvre d'une chaîne cohérente, placée sous la responsabilité du service de santé des armées.

 

Cette chaîne est organisée en quatre niveaux de prise en charge :

 
  • 1er niveau :

Traitement médical (gestes d'urgence et de réanimation) réalisé par le poste médical au sein des unités de combat,

  • 2ème niveau :

Traitement chirurgical (gestes chirurgicaux nécessaires à la survie et limitant les séquelles) mis en œuvre par les antennes chirurgicales,

  • 3ème niveau :

Traitement des blessés sur le théâtre dans une formation hospitalière médicochirurgicale,

  • 4ème niveau :

Évacuations médicales et du traitement définitif et de la rééducation pratiqués dans les hôpitaux d'instruction des armées en France ou en Allemagne fédérale.

 

L'organisation d'une chaîne de ravitaillement en médicaments, matériels médicaux, sang et oxygène est nécessaire au fonctionnement de l'ensemble des structures déployées à distance du territoire national.

 

Un médecin est désigné comme chef santé interarmées de chaque théâtre d'opération extérieure. Il est le conseiller santé du commandant de théâtre et de son état-major. Il a autorité sur tous les moyens du service de santé des armées. »

 

Les deux premiers niveaux de prise en charge sont mis en œuvre au niveau divisionnaire par la section santé du régiment (1er niveau) puis par les antennes chirurgicales divisionnaires intégrées aux régiments de commandement et de soutien (2ème niveau).

 

Comme nous avons pu le lire, le traitement définitif et de la rééducation sont gérés dans le quatrième niveau par les hôpitaux d’instruction des Armées en métropole.

 

Au 1er janvier 1989, la chaîne « santé » de la brigade logistique s’emploie donc à :

 
  • traiter les blessés sur le théâtre dans une formation hospitalière médicochirurgicale (3ème niveau),

  • accomplir la mission d’évacuation médicale vers hôpitaux d'instruction des armées (4ème niveau).

 

A ce titre, de manière théorique, la chaîne « santé » de la brigade logistique s’organise de la manière suivante :

 
  • trois compagnies médicales de corps d’armée qui gèrent le ramassage, le triage et la régulation des blessés,

  • une compagnie de ravitaillement du service de santé des Armées qui comme son nom l’indique administre la production et le ravitaillement des produits pharmaceutiques et des fluides,

  • trois types d’hôpitaux militaires qui assurent le traitement des blessés dans les actes opératoires variés :

    • l’hôpital chirurgical avancé (HCA),

    • l’hôpital chirurgical d’évacuation (HCE),

    • l’hôpital médico-chirurgical d’évacuation (HMCE).

 

Cependant, nous avons voir que cette organisation théorique sera bien différente dans la réalité.

 

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1 – LES COMPAGNIES MÉDICALES DE CORPS D'ARMÉE :

 

Unités

Garnison

Rattachement

Chef de corps

11ème compagnie médicale de corps d’armée / Groupe médical

Sedan

Élément organique de la brigade logistique du 1er corps d'armée

/ …

12ème compagnie médicale de corps d’armée (réserve)

Sedan

Élément organique de la brigade logistique du 1er corps d'armée

/ …

13ème compagnie médicale de corps d’armée (réserve)

Sedan

Élément organique de la brigade logistique du 1er corps d'armée

/ …

21ème compagnie médicale médicale de corps d’armée

Neustadt

Élément organique de la brigade logistique du 2ème corps d'armée

/ …

22ème compagnie médicale de corps d’armée (réserve)

Neustadt

Élément organique de la brigade logistique du 2ème corps d'armée

/ …

23ème compagnie médicale de corps d’armée (réserve)

Neustadt

Élément organique de la brigade logistique du 2ème corps d'armée

/ …

31ème compagnie médicale médicale de corps d’armée / Groupe médical

Sedan

Élément organique de la brigade logistique du 3ème corps d'armée

/ …

32ème compagnie médicale de corps d’armée (réserve)

Sedan

Élément organique de la brigade logistique du 3ème corps d'armée

/ …

33ème compagnie médicale de corps d’armée (réserve)

Sedan

Élément organique de la brigade logistique du 3ème corps d'armée

/ …

 

Pour commencer l’étude des unités de la chaîne « santé » mises sur pied par le service de santé des Armées, nous présentons donc les compagnies médicales de corps d’armée qui se présente aux nombre de trois dans la chaîne « santé ».

 

Cependant, en temps de paix, seules trois compagnies d’active sont constituées.

 

La compagnie médicale de corps d’armée à l’effectif de 450 hommes (66 officiers, 60 sous-officiers et 324 hommes du rang), dotée de 108 véhicules divers dont 23 véhicules sanitaires d’évacuation, se compose de :

 
  • une section d’état-major,

  • une section de commandement et de soutien,

  • 1ère section de ramassage (avec 18 véhicules sanitaires d’évacuation),

  • 2ème, 3ème et 4ème section de triage,

  • 5ème section de régulation (avec 5 véhicules sanitaires d’évacuation),

  • 6ème section de ravitaillement sanitaire.

 

 

La 21ème compagnie médicale médicale de corps d’armée, qui est un élément organique de la brigade logistique du 2ème corps d'armée sis à Neustadt.

 

Il en va de même pour les 11ème et 31ème compagnies médicales de corps d’armée qui sont les éléments organiques respectifs des deux brigades logistiques des 1er et 3ème corps d'armée. Cependant, en temps de paix, ces deux compagnies sont rattachées et encasernées au sein du Groupe médical de Sedan.

 

De même, en l’absence de documents ou d’insignes l’attestant, nous n’avons aucune indication quant à la formation en temps de guerre de six autres compagnies numérotées « 12 », « 13 », « 22 », « 23 », « 32 » et « 33 ». Nous avons cependant choisi de les faire figurer dans le tableau présenté supra.

 

Si quelqu’un à des éléments attestant de l’existence de ces six compagnies de réserve, merci de me les transmettre. A l’inverse, je suis également preneur d’informations précisant la non-mobilisation de ces dites-compagnies.

 

Une dernière info issue de la fiche n° 14-041 de la documentation gendarmerie (en date du 02 mars 1987) précisant l’organisation militaire de la France : deux compagnies médicales et onze hôpitaux mobiles de campagne sont constituées à destination de la brigade logistique de la Force d'Action Rapide mais nous n'en connaissons ni la provenance, ni la numérotation.


Une dernière info issue de la fiche n° 14-041 de la documentation gendarmerie (en date du 02 mars 1987) précisant l’organisation militaire de la France : deux compagnies médicales sont constituées à destination de la brigade logistique de la Force d'Action Rapide mais nous n'en connaissons ni la provenance, ni la numérotation, cependant le site internet i-m-l.com (pour insignes militaires Lavocat) fait apparaître dans son catalogue l’insigne d’une 42ème compagnie médicale.
 

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2 – LES UNITÉS DE RAVITAILLEMENT DU SERVICE DE SANTÉ :

 

Les unités de ravitaillement comptant au titre des brigades logistiques sont intégrées dans un schéma global de ravitaillement organisé par le Service de Santé des Armées.

 

En effet, il appert que ce service organise son flux de production et de distribution de produits tant pharmaceutiques que sanguins et de matériels médicaux de la manière suivante :

 
  • Phase de production :

    • Pharmacie centrale des armées d’Orléans,

    • Établissement central des matériels du Service de santé des armées d’Orléans,

    • Centre de transfusion sanguine des armées de Clamart,

  • Phase de ravitaillement :

    • Pharmacies magasins des ports de :

      • Brest,

      • Cherbourg,

      • Lorient,

      • Rochefort,

      • Toulon,

    • Établissements centraux de ravitaillement sanitaire de :

      • Bordeaux,

      • Chartres,

      • Marseille,

      • Vitry-le-François,

    • Établissement central de ravitaillement sanitaire « Air » de Lunel.

  • Phase de constitution et maintenance des matériels de mobilisation :

    • Établissement central de matériels de mobilisation à Mondeville,

    • Établissements régionaux de matériels de mobilisation de :

      • Ardentes,

      • Douai,

      • Lyon,

      • Montauban,

      • Nuits-sur-Armançon,

      • Toul.

Les brigades logistiques intégrent en leurs rangs des compagnies de ravitaillement du service de santé des Armées qui sont des unités mises sur pied en métropole par les établissements centraux de ravitaillement sanitaire.

 

Unités

Garnison

Rattachement

Chef de corps

610ème compagnie de ravitaillement du service de santé des Armées

Bühl

Élément organique de la brigade logistique du 2ème corps d'armée

/ …

611ème compagnie de ravitaillement du service de santé des Armées

Bühl

Élément organique de la brigade logistique du 2ème corps d'armée

/ …

Établissement central de ravitaillement sanitaire

Bordeaux

4ème région militaire

/ …

Établissement central de ravitaillement sanitaire

Chartres

1ère région militaire

/ …

Établissement central de ravitaillement sanitaire

Marseille

5ème région militaire

/ …

Établissement central de ravitaillement sanitaire

Vitry-le-François

6ème région militaire

/ …

 

Comme nous pouvons voir supra, seul le 2ème corps d’armée possède des compagnies de ravitaillement du service de santé des Armées déjà mises sur pied et comme nous pouvons le voir, il en compte deux au lieu d’une seule prévue de manière théorique.

 

La compagnie de ravitaillement du service de santé des Armées à l’effectif de 300 hommes (29 officiers, 58 sous-officiers et 213 hommes du rang), dotée de 61 véhicules divers se compose de :

 
  • une section de commandement,

  • 1ère, 2ème et 3ème section « lots / ravitaillement »,

  • 4ème à 8ème sections « hospitalisation »,

  • 9ème et 10ème sections « sans oxygène »,

  • 11ème et 12ème sections « production ».


 

Les établissements centraux de ravitaillement sanitaire de Chartres et de Vitry-le-François sont respectivement stationnés sur le territoire des 1ère et 6ème régions militaires. Ces deux établissements en temps de guerre mettent sur pied au moins deux compagnies de ravitaillement et peut-être quatre si on s’imagine que l’exemple du 2ème corps d’armée est suivi par les 1er et 3ème corps d’armée.

 

La Force d’Action Rapide peut compter sur les établissement centraux de ravitaillement sanitaire de Bordeaux et de Marseille qui, nous imaginons, effectuent la même démarche que ci-dessus.


Nous avons dans le catalogue du site i-m-l.com la présence d’une 612ème compagnie de ravitaillement.

 

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3 – LES HÔPITAUX MILITAIRES :

 

Les trois types de formation hospitalières mises en place par la chaîne « santé » de la brigade logistique sont des unités « de marche » mises sur pied en temps de guerre. En effet en temps de paix, l’hôpital chirurgical avancé (HCA), l’hôpital chirurgical d’évacuation (HCE) et l’hôpital médico-chirurgical d’évacuation (HMCE) n’existent pas.

 

En temps de paix, le fait hospitalier est pris en compte par deux types d’unités qui sont les centres hospitaliers des Armées (CHA) et les hôpitaux d'instruction des Armées (HIA).

 

Sur les seize centres hospitaliers des Armées (CHA) existant au 1er janvier 1989, quatre d’entre-eux sont des hôpitaux des Armées (HA), quatre sont des hôpitaux régionaux des Armées (HRA) et quatre sont des hôpitaux de zone des Armées (HZA). Ces douze structures hospitalières reçoivent leur intitulé actuel le 1er janvier 1986. Les quatre derniers centres hospitaliers des Armées (CHA) sont les ex-hôpitaux de la Marine. Ces hôpitaux militaires occupent dans le monde militaire les mêmes fonctions et prérogatives que les centres hospitaliers dits « civils ».

 

Les hôpitaux d'instruction des Armées (HIA) comme leur nom l’indique, sont tout à la fois des unités de soins hospitaliers et des centres d’instructions à l’instar des centres hospitaliers universitaires du milieu civil.

 

Ces vingt-cinq structures accueillent également le public civil hors défense nationale, étant partie intégrante du système de soins hospitalier mis en place en France métropolitaine.

 

En temps de guerre, par rappel de réservistes et par détachement des éléments d’active, elles mettent sur pied les hôpitaux chirurgicaux avancés (HCA), les hôpitaux chirurgicaux d’évacuation (HCE) et les hôpitaux médico-chirurgicaux d’évacuation (HMCE).

 

Voici la liste des seize centres hospitaliers des Armées (CHA) et des neuf hôpitaux d'instruction des Armées (HIA) en service au 1er janvier 1989 :

 
  • 1ère région militaire :

    • Centre hospitalier des Armées « Baudens » à Bourges (ex-hôpital des Armées)

    • Hôpital d'instruction des Armées « Begin » à Saint-Mandé

    • Hôpital d'instruction des Armées « D. Larrey » à Versailles

    • Hôpital d'instruction des Armées « Percy » à Clamart

    • Hôpital d'instruction des Armées « Val-de-Grace » à Paris

  • 2ème région militaire / 3ème corps d’armée :

    • Centre hospitalier des Armées « Scrive » à Lille (ex-hôpital régional des Armées)

  • 3ème région militaire :

    • Centre hospitalier des Armées « Le-Bas » à Cherbourg (ex-hôpital de la Marine)

    • Centre hospitalier des Armées « Paré » à Rennes (ex-hôpital régional des Armées)

    • Centre hospitalier des Armées « Calmette » à Lorient (ex-hôpital de la Marine)

    • Hôpital d'instruction des Armées « Clermont-Tonnerre » à Brest (ex-hôpital de la Marine)

  • 4ème région militaire :

    • Centre hospitalier des Armées « H. Larrey » à Toulouse (ex-hôpital régional des Armées)

    • Hôpital d'instruction des Armées « Piqué » à Bordeaux

  • 5ème région militaire :

    • Hôpital d'instruction des Armées « Desguenettes » à Lyon

    • Hôpital d'instruction des Armées « Laveran » à Marseille

    • Hôpital d'instruction des Armées « Sainte-Anne » à Toulon (ex-hôpital de la Marine)

  • 6ème région militaire / 1er corps d’armée :

    • Centre hospitalier des Armées « Baur » à Colmar (ex-hôpital des Armées)

    • Centre hospitalier des Armées « Bayen » à Châlons-sur-Marne (ex-hôpital des Armées)

    • Centre hospitalier des Armées « Lyautey » à Strasbourg (ex-hôpital des Armées)

    • Centre hospitalier des Armées « Sédillot » à Nancy (ex-hôpital régional des Armées)

    • Centre hospitalier des Armées « Vincent » à Dijon (ex-hôpital régional des Armées)

    • Centre hospitalier des Armées « Légouest » à Metz (ex-hôpital régional des Armées)

  • Forces françaises en Allemagne / 2ème corps d’armée :

    • Centre hospitalier des Armées « Genet » à Trêves (ex-hôpital de zone des Armées n° 353)

    • Centre hospitalier des Armées « Limouzin » à Fribourg-en-Brisgau (ex-hôpital de zone des Armées n° 352)

    • Centre hospitalier des Armées « Picaud » à Bühl (ex-hôpital de zone des Armées n° 351)

    • Centre hospitalier des Armées « Pasteur » à Berlin (ex-hôpital de zone des Armées n° 357)

Je n'ai aucun élément permettant d'infirmer ou de confirmer la fermeture de l'hôpital des Armées « Rosaguti » de Bastia au 1er janvier 1989. J'ai découvert un document daté du 04 mars 1988 « Délibération n° 88/18 AC de l’Assemblée de Corse portant adoption d'une motion relative à l’établissement régional du matériel de Corté et au commissariat de l'Armée de Terre à Bastia » qui précise que l'hôpital militaire ferme mais je n'ai pas la date exacte.




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