Entre réalité et prospective :
   L'armée de terre française en janvier 1989
 
David DELPORTE
 
 

ÉLÉMENTS ORGANIQUES DES CORPS D’ARMÉE ET DE LA FORCE D'ACTION RAPIDE

 

MISE A JOUR EN DATE DU 22 FÉVRIER 2016

 

1 – PRÉSENTATION DES GRANDES UNITÉS :

 

En janvier 1989, en temps de paix, trois corps d'armée numérotés « 1 », « 2 » et « 3 » sont à l'inventaire des grandes unités de combat de l'armée françaises sous le commandement direct de la 1ère armée.

 

La Force d'Action Rapide, ayant la valeur d'un corps d'armée mais usant plus des prérogatives d'un corps expéditionnaire agit soit seul sous directives de l'état-major de l'Armée soit sous rattachement opérationnel à la 1ère armée en temps de guerre.

 

En août 1969, la réorganisation des instances de commandement que sont les états-majors de la 1ère armée et des 1er et 2ème corps d'armée fait que ces deux derniers corps de commandement, issus par tradition des unités de commandement de la 1ère armée du Général d'armée DE LATTRE DE TASSIGNY, prennent respectivement pied à Nancy (54) et Baden-Baden (Allemagne Fédérale).

 

L’état-major du 3ème corps d'armée, grand corps de commandement créé en 1979, est issu de la loi n° 77-531 du 19 juin 1976 portant approbation de la programmation militaire pour les années 1977-1982 qui réorganise les troupes de manœuvre. Installé tout d'abord en 1ère région militaire avec poste de commandement à Saint-Germain-en-Laye (78), il migre ensuite en 1984 et fusionne donc son état-major avec celui de la 2ème région militaire à Lille (59).

 

En cas de conflit contre les troupes du « Pacte de Varsovie », la 1ère armée et ses grandes unités de combat sont mises à disposition du « commandement centre » (CENTAG) de l’alliance atlantique et agissent en support des unités alliées déjà présentes en bordure des franges ouest du bloc oriental.

 

Il appert en effet que malgré le fait du retrait du commandement intégré des forces de l’alliance atlantique, notre armée doit jouer un rôle bien spécifique. De par l'exercice franco-allemand de 1987 « moineau hardi », il appert que les forces françaises de la Force d'Action Rapide peuvent sans problème intervenir sur la frontière tchèque en soutien du 2ème corps d'armée allemand.

 

Il se dit mais cela demande à être vérifié que la 1ère armée française aurait prendre sa place en première ligne et constituer dans le sud de l'Allemagne fédérale un front « Sud » en intégrant le 2ème corps d'armée allemand.

 

Rappelons que sur les trois corps d’armée, l’état-major du 2ème corps d'armée est installé en République Fédérale Allemande et englobe les deux-tiers des troupes françaises stationnant en ce pays et faisant suite à la zone d’occupation française de 1945. Les 1er et le 3ème corps d’armée se trouvent sur le sol français et mutualisent respectivement leurs états-majors avec ceux des 6ème et 2ème régions militaires.

 

Par définition et selon les directives en vigueur en janvier 1989 (voir TTA105), le corps d'armée, de par son niveau de commandement :

 

a – conduit le combat aéro-terrestre dans le cadre d'un groupement antichar composé de ses éléments organiques,

 

b – met en œuvre l'armement nucléaire tactique « pré-stratégique » (lanceurs Sol/Sol pré-stratégique « PLUTON ») sur ordre de l'état-major de la 1ère armée,

 

c – assure le soutien logistique des grandes unités de combat dont il a le commandement par le biais de la brigade logistique affectée en son sein

 

En effet, l'organisation de l'armée de terre française en janvier 1989 est axée sur une défense de nos intérêts nationaux de par un engagement préventif sur le territoire de la République Fédérale Allemande. L'ennemi annoncé, à savoir les troupes du « Pacte de Varsovie », devant vraisemblablement agir de par une attaque de troupes blindées soutenus par l’aviation tactique, l'action défensive des troupes du « Pacte atlantique » se base sur une contre-attaque antichar massive.

 

C'est en cela que les troupes de combat blindées et mécanisées sont regroupées au sein des six divisions blindées. D'autres troupes de combat, issues des unités de protection du territoire, désormais motorisées sur « véhicule de l'avant blindé » sont à même d'accompagner et d'exploiter l'action des divisions blindées. Elles sont regroupées au sein de deux divisions d’infanterie.

 

Des unités dites « légères blindées – école », mises sur pied par les écoles et les centres de formation à partir d’un matériel stocké et de troupes issues des élèves encadrées par les enseignants, doivent agir en deuxième rideau, elles sont dotées de matériels tant blindés que mécanisés ou motorisés.

 

Les unités rattachées à la Force d'Action Rapide sont principalement des troupes légères (troupes parachutistes et troupes de montagne) accompagnées de deux divisions légères blindées et d'une unité particulière, la division aéromobile alliant la manœuvre et la capacité antichars.

 

Présentons maintenant les unités organiques de corps d'armée.

 

Sans parler de la brigade logistique qui sera abordée dans les pages idoines, l'ensemble des éléments organiques du corps d'armée est composé d’une manière théorique en temps de guerre de dix-huit régiments divers, un groupe d'hélicoptères légers et une batterie d'artillerie se répartissant sous commandement direct du corps d'armée ou cinq commandements d'armes.

 

Ces éléments organiques du corps d'armée sont d’abord présentés ci-après dans le cadre d’un schéma synthétique. Ils se répartissent en :

 
  • une unité issue de l'Arme Blindée Cavalerie :

    • un régiment de découverte.

 
  • dix unités issues de l'Artillerie :

    • une batterie d'artillerie de corps d'armée,

    • un régiment de surveillance et d'acquisition (radar RASIT et drone de reconnaissance CL89),

    • deux régiments d'artillerie Sol/Air à courte portée (missiles Sol/Air « ROLAND »),

    • deux régiments d'artillerie Sol/Sol (obusiers 155 BF50 ou 105 HM2),

    • deux régiments d'artillerie Sol/Sol à capacité nucléaire (missiles Sol/Sol « PLUTON »),

    • un régiment d'artillerie Sol/Sol (lanceurs LRM),

    • un régiment de défense « NBC ».

  • deux unités issues de l'Aviation légère de l'armée de terre :

    • un régiment d'hélicoptères de combat,

    • un groupe d'hélicoptères légers.

  • deux unités issues de l'arme du Génie :

    • deux régiments de franchissement de corps d'armée.

  • deux unités issues de l'arme des transmissions :

    • deux régiments de transmissions de corps d'armée.

  • trois unités issues de l'Arme du Train :

    • deux régiments de circulation routière,

    • un régiment de commandement de corps d'armée.

En sus de ces dix-neuf unités, nous dénombrons une compagnie de combat d'infanterie parachutiste, issue du 1er régiment parachutiste d'infanterie de Marine, qui est affectée de manière aléatoire à chaque corps d'armée. Elle œuvre de la même manière pour son corps support que le 13ème régiment de Dragons parachutistes au profit de la 1ère armée.

 

Toutes ces unités ne sont pas d'active, en effet, tous les régiments d'artillerie dotés d'obusiers 155 BF50 ou 105 HM2 et deux tiers des régiments de défense « NBC » ou encore des groupes d'hélicoptères légers sont constitués lors de la mobilisation.

 

Voici ci-après un schéma type des unités organiques de corps d'armée :

 

 

Présentons maintenant le détail de chaque corps d'armée :

 

- - - / - - -
1er CORPS D’ARMÉE :

- - - / - - -
2
ème CORPS D’ARMÉE :


- - - / - - -
3ème CORPS D’ARMÉE :

- - - / - - -
FORCE D'ACTION RAPIDE :


  

TABLEAU DE COMPARAISON :


Dotation théorique du corps d'armée

Dotation réelle des trois corps d'armée et de la Force d'Action Rapide

Total

Arme

Corps d'armée type

1er corps d'armée

2ème corps d'armée

3ème corps d'armée

Force d'Action Rapide

Arme blindée cavalerie

1 régiment

1 régiment

1 régiment

1 régiment

/ …

3 régiments

Artillerie

9 régiments

1 batterie

7 régiments

1 batterie

9 régiments

1 batterie

8 régiments

1 batterie

/ …

24 régiments

3 batteries

Aviation légère de l'armée de terre

1 régiment

1 groupe

1 régiment

1 groupe

1 régiment

1 groupe

1 régiment

1 groupe

/ …

3 régiments

3 groupes

Génie

2 régiments

1 régiment

2 régiments

2 régiments

/ …

5 régiments

Infanterie

1 compagnie

1 compagnie

1 compagnie

1 compagnie

1 compagnie

4 compagnies

Train

3 régiments

3 régiments

3 régiments

3 régiments

3 régiments

1 compagnie

12 régiments

1 compagnie

Transmissions

2 régiments

2 régiments

2 régiments

2 régiments

1 régiment

7 régiments

Total

18 régiments

1 groupe

1 batterie

1 compagnie

15 régiments

1 groupe

1 batterie

1 compagnie

18 régiments

1 groupe

1 batterie

1 compagnie

17 régiments

1 groupe

1 batterie

1 compagnie

4 régiments

/ …

/ …

2 compagnies

53 régiments

3 groupe

3 batteries

5 compagnies


Pour commencer cette analyse, nous pouvons tout de suite constater que la Force d'Action Rapide est presque totalement dépourvue d'éléments organiques ne comptant que six unités sur les vingt et une unités de référence.


En cela, nous pouvons écrire que cette « Force » n'est pas considérée comme un corps d'armée à part entière mais plus comme un corps expéditionnaire qui doit être doté de moyens Ad Hoc en fonction des circonstances.


De plus, si nous analysons en profondeur ce corps auquel nous ajoutons ses cinq grandes unités de combat, il en ressort :


  • Arme blindée cavalerie :

    • Le régiment de découverte armé d'engins de type AMX-10RC est présent à raison de deux unités dans la 6ème division légère blindée.


  • Artillerie :

    • S'il manque bien tous les éléments d’artillerie de corps, mentionnons que les quatre régiments d’artillerie divisionnaire ont une dotation accrue d'armes Sol/Air de type canons de 20 mm tout comme le régiment d'infanterie de la 4ème division aéromobile.


  • Aviation légère de l'armée de terre :

    • La 4ème division aéromobile rassemble à elle-seule plus d'engins volants que les trois corps d'armée réunis.


Pour les autres armes soit la dotation est diminuée et devra être complétée par des unités en réserve générale, soit la Force d'Action Rapide s'appuiera sur un autre corps d'armée.


En ce qui concerne les trois corps d'armée, la situation en matière de chiffre est très bonne pour les deux derniers alors qu'il manque trois unités de taille régimentaire au 1er corps d'armée.


En effet, en étudiant à la fois les schémas et les chiffres, nous pouvons voir qu'il manque en fait :


  • un régiment d'artillerie « MLRS » pour les trois corps uniquement compensé par un régiment d'artillerie Sol/Sol supplémentaire au 2ème corps d'armée, ce système d'arme ne sera en dotation qu'à partir de 1990 et ne concernera finalement que deux unités sur les trois prévus au départ,


  • un régiment d'artillerie Sol/Air « Roland » et un régiment du génie pour le 1er corps d'armée.


Pour les unités en sus, nous pouvons voir que le 2ème corps d'armée dirige trois régiment d’artillerie Sol/Sol dont l'un compense le régiment d'artillerie « MLRS » manquant, ce régiment surnuméraire est en fait le régiment désigné pour recevoir le nouveau système d'arme au début des années 1990.

 



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