Entre réalité et prospective :
   L'armée de terre française en janvier 1989
 
David DELPORTE
 
 

LES DIVISIONS BLINDÉES

 

MISE A JOUR DU 18 MAI 2018

 

- - - / - - -

I / PRÉSENTATION GÉNÉRALE :


De par la loi n° 83-606 du 8 juillet 1983 portant approbation de la programmation militaire pour les années 1984-1988, les divisions blindées comptant au corps blindé – mécanisé passent de huit à six unités.

 

En effet, de par cet acte législatif, ont été dissoutes les 4ème et 6ème divisions blindées stationnant auparavant à Nancy et Strasbourg. Leurs deux états-majors servent respectivement à la formation de la 4ème division aéromobile et de la 6ème division légère blindée avec postes de commandement respectif à Nancy et Fréjus.

 

Ces unités, désormais affectées à la Force d'Action Rapide, feront l'objet d'une étude ultérieure.

 

La grande majorité des unités de combat et d'appui des défuntes 4ème et 6ème divisions blindées renforcent les six autres divisions blindées et permettent d'étoffer celles-ci en augmentant de manière significative leur potentiel en moyens de combat et moyens d'appui.

 

Mentionnons que les éléments constitutifs des 4ème et 6ème régiments de commandement et de soutien suivent également, hors cas exceptionnel, leurs état-majors respectifs et deviennent les unités de commandement et de soutien de la 4ème division aéromobile et de la 6ème division légère blindée. Les deux unités du génie ne sont pas dissoutes mais affectées directement aux corps d’armées comme éléments organiques.

 

Rappelons pour mémoire que les 4ème, 6ème, 7ème et 10ème divisions blindées sont mises sur pied en 1977 à partir des 4ème et 7ème divisions alors que les 1ère, 3ème et 5ème divisions blindées sont crées en 1978 à partir des 1ère et 3ème divisions. La 2ème division blindée sera quant à elle mise sur pied en 1979 à partir d'éléments de la 8ème division dissoute à cette date au moment de la création du 3ème corps d'armée.

 

Malgré la dissolution des 4ème et 6ème divisions blindées, les moyens de combat et les appuis par unités s'accroissent, contrairement aux éléments de soutien. Ainsi est présenté ci-après un tableau marquant les évolutions dans le cadre des unités de taille régimentaire :

 
 

Situation 1982

Situation 1989

Différence

Combat :

Arme blindée cavalerie :

16

16

/ …

+2

Infanterie mécanisée :

16

13

-3

Infanterie motorisée :

/ …

5

+5

Appui :

Artillerie autoportée :

8

12

+4

+2

Génie :

8

6

-2

Soutien :

Train :

8

6

-2

Total :

56

58

+2

 

La lecture de ce tableau montre que le passage de huit à six divisions blindées permet d'étoffer le total global des unités constitutives de deux unités de taille régimentaire.

 

Pourtant le détail est autre, car on peut voir que si pour les unités de combat, on passe de trente-deux à trente-quatre unités et si pour les unités d'appui on passe de seize à dix-huit unités, on perd bien deux unités de soutien issues du train (les deux régiments de commandement et de soutien nommés ci-dessus).

 

Pour les unités de combat, rien de change pour l'Arme Blindée Cavalerie qui garde ses seize unités mais avec un total accru d'engins blindés de type AMX-30B ou AMX-30B2. On passe de 864 chars de bataille au début en 1982 (soit 16 x 54 chars de bataille) à 916 chars en 1989 (soit 12 unités à 53 chars de bataille et 4 unités à 70 chars de bataille) soit un gain total de 52 engins.

 

L'infanterie est en trompe-l’œil car si l'on passe bien de seize à dix huit unités, on perd trois unités d'infanterie mécanisée pour gagner cinq unités d'infanterie motorisée. Là encore les chiffres sont à manier avec circonspection car si pour l'année 1982, il y avait 320 chars légers de type AMX-13/90 (soit seize unités à vingt chars légers) en cours de remplacement par des chars de bataille de type AMX-30B, on a désormais 192 chars de bataille de type AMX-30B (soit douze compagnies de combat à seize engins) et seize chars légers de type AMX-13/90 en 1989 (une unité à seize engins) soit une perte de 112 engins.

 

Sur les seize régiments d'infanterie mécanisée en ligne en 1982, trois sont transformés en régiment d'infanterie motorisée, ce sont les 151ème, 152ème et 153ème régiments d'infanterie. S'y ajoutent le 39ème régiment d'infanterie venant de la défunte 12ème division d'infanterie et le 110ème régiment d'infanterie qui était auparavant élément organique du 2ème corps d'armée.

 

Mentionnons que le 30ème groupe de Chasseurs, unité d'infanterie mécanisée en 1982 reste dotée de chars légers de type AMX-13/90 alors qu'il aurait du être transformé en régiment d'infanterie motorisé. En 1989, il sera le dernier régiment en métropole à posséder les derniers chars légers.

 

En définitive, pour ce qui est de la situation des engins blindés présents dans l'Arme Blindée Cavalerie et dans l'Infanterie, on passe donc de 1184 (situation 1982) à 1124 chars de bataille ou chars légers (situation 1989) soit une perte nette de 60 engins blindés (baisse de 5,07 %).

 

Cependant la création des 12ème et 14ème divisions légères blindées « école » en 1984-1985 va permettre de mettre sur pied trois régiments de cavalerie lourde « école » et une unité d'infanterie mécanisée « école » avec un total de 109 chars de bataille de type AMX-30B ou AMX-30 B2.

 

En définitive le corps blindé mécanisé, en temps de guerre, passe donc de 1184 à 1233 engins de combat blindés, soit une hausse de 4,14 % (49 engins blindés en sus).

 

Pour les appuis, les chiffres sont tout aussi volatiles. Nous avons pu voir que les « appuis » avait eu un gain de deux unités régimentaires. Certes, cela est principalement du au fait que les divisions blindés doublent leurs régiments d'artillerie. On passe donc de huit unités pour huit divisions blindées à douze unités pour six divisions blindées. Cette situation est cependant préjudiciable aux éléments organiques de corps d'armée qui perdent des unités d'active dotées d'obusiers automouvants et qui se verront affecter des unités de réserve dotées d'obusiers tractés.

 

En effet, alors que le 12ème régiment d'artillerie de la 6ème division blindée dissoute devient élément organique du 1er corps d'armée en vue de sa transformation en unité « MLRS », on intègre trois éléments organiques du 2ème corps d'armée dans les trois divisions basées en République Fédérale allemande soit les 2ème, 34ème et 61ème régiments d'artillerie.

 

De plus deux autres unités, à savoir le 60ème régiment d'artillerie et le 3ème régiment d'artillerie de Marine affectés respectivement à l'ETAMAT et à la défunte 12ème division d'infanterie rejoignent respectivement les 7ème et 10ème divisions blindées.

 

Dans le même temps, on perd trois régiments du génie à savoir les 6ème et 11ème régiments du génie qui deviennent respectivement éléments organiques des 3ème et 2ème corps d'armée et le 5ème régiment du génie qui devient unité d'appui ferroviaire pour gagner le 34ème régiment du génie venant des éléments organiques du 1er corps d'armée.

 

Voici la répartition des diverses divisions blindées de 1979 à 1989 au sein des deux puis trois corps d'armée ce qui amène à une évolution constante dans les affectations :

 
  • Situation « 1979 » :

1er corps d’armée :

2ème corps d’armée :

3ème corps d’armée :

4ème division blindée

6ème division blindée

7ème division blindée

10ème division blindée

1ère division blindée

3ème division blindée

5ème division blindée

2ème division blindée

 

Situation « 1985 » :

1er corps d’armée :

2ème corps d’armée :

3ème corps d’armée :

7ème division blindée

10ème division blindée

1ère division blindée

3ème division blindée

5ème division blindée

2ème division blindée

 
  • Situation « 1989 » :

1er corps d’armée :

2ème corps d’armée :

3ème corps d’armée :

1ère division blindée

7ème division blindée

3ème division blindée

5ème division blindée

2ème division blindée

10ème division blindée


Quatre des six divisions blindées tiennent leurs traditions des grandes unités mises sur pied en Afrique du Nord à partir de 1943.

En effet, la 1ère division blindée, la 2ème division blindée et la 5ème division blindée perpétuent le souvenir des unités de même numéro ayant servi lors de la reconquête de la souveraineté française.

 

La 3ème division blindée, quant à elle, met ses pas dans les mêmes traces en gardant vivace non pas la tradition de la 3ème division blindée créée en 1945 en métropole mais celle de la 3ème division d'infanterie algérienne créée elle aussi en 1943.

 

A contrario, les deux dernières unités ne peuvent se targuer d'une telle mémoire. Si, la 7ème division blindée peut se prévaloir de faire vivre l'esprit de la 7ème division mécanique rapide créée en 1955, il n'en est rien de la 10ème division blindée qui est mise sur pied ex-nihilo par la réforme de 1977.

 

- - - / - - -

DIVISION BLINDÉE TYPE :

 

La division blindée « modèle 1984 » est une grande unité interarmes de combat d'un effectif supérieur à 10 000 hommes.

 

Cette unité blindée, selon les termes établis, est « organisée et entraînée en vue de conduire sur le théâtre européen un combat mobile, en ambiance nucléaire et chimique, de jour comme de nuit, contre un adversaire de même nature, appuyé par des feux puissants aériens ».

Comme le présente le schéma présenté supra, elle comprend d'une manière théorique :

 
  • six unités de mêlée :

    • trois régiments de chars de combat issus de l'Arme Blindée Cavalerie,

    • deux unités d'infanterie mécanisée sur véhicules de combat d'infanterie de type AMX-10 P,
    • un régiment d'infanterie motorisée sur véhicules de transport de troupes de type VAB (pour deux compagnies de combat) et sur camionnettes (pour une compagnie de combat).
  • cinq unités d'appui :

    • deux régiments d'artillerie autoportée,

    • un régiment de génie de combat,

    • un escadron d'éclairage divisionnaire (rattaché pour administration à un régiment de char),

    • une compagnie antichar divisionnaire ( rattaché pour administration à un régiment d'infanterie).
  • ?une unité de soutien :
    • un régiment de commandement et de soutien.

La division blindée est donc théoriquement équipée d'un matériel spécifique listé ci-dessous :
 

  • 191 chars de bataille de type AMX-30 ou de type AMX-30 B2 dotés chacun de :

    • un canon de 105 mm de type CN105 F1 en armement principal,

    • un canon-mitrailleur de 20 mm de type M693 F1 et une mitrailleuse de 7,62 mm modèle AANF1 en armement secondaire.

  • 280 véhicules de transport de troupes et autres variantes de type « VAB » :

    • VAB-P : véhicule de transport de troupes (2 membres d'équipage + 10 hommes équipés) équipé d'une mitrailleuse de 12,7 mm ou d'une mitrailleuse de 7,62 mm modèle AANF1,

    • VAB-PC : véhicule de commandement équipé d'une une mitrailleuse de 12,7 mm ou d'une mitrailleuse de 7,62 mm modèle AANF1,

    • VAB-RATAC : véhicule radar (RATAC / Radar d'acquisition des tirs de l'Artillerie),

    • VAB-RASIT : véhicule radar (RASIT / Radar d’acquisition et de surveillance des intervalles),

    • VAB-SAN : véhicule sanitaire,

    • VAB-VOA : véhicule d'observation d'artillerie dotée d'une tourelle d'observation.

  • 114 véhicules de combat d'infanterie et autres variantes de type AMX-10 :

    • AMX-10 P : véhicule de combat d'infanterie (3 membres d'équipage + 8 hommes équipés) avec un canon de 20 mm de type M693 F1 et une mitrailleuse coaxiale de 7,62 mm modèle AANF1,

    • AMX-10 PC : véhicule de commandement avec un canon de 20 mm de type M693 F1 et une mitrailleuse coaxiale de 7,62 mm modèle AANF1,

    • AMX-10 VOA : véhicules d'observation d'artillerie dotée d'une tourelle d'observation en lieu et place de la tourelle de tir,

  • 42 véhicules antichars :

    • 24 véhicules antichar de type AMX-10 P MILAN avec deux postes de tir de missiles sol/sol anti-char (deux rampes de lancement par poste de tir),

    • 12 véhicules antichar de type VAB-HOT avec deux postes de tir de missiles sol/sol anti-char (deux rampes de lancement par poste de tir),

    • 6 véhicules antichar de type VAB-MILAN avec deux postes de tir de missiles sol/sol anti-char (deux rampes de lancement par poste de tir).

  • 96 canons / mortiers / SATCP :

    • 40 canons automoteurs de type 155 AUF1 montés sur châssis de chars de bataille AMX-30 dotés chacun d'un canon de 155 mm de type GCT en armement principal et d'une mitrailleuse de 7,62 mm modèle AANF1 en armement secondaire,

    • 26 canons de 20 mm antiaériens de type 53T2 montés sur camionnettes tactiques de type Renault TRM 2000,

    • 18 véhicules de type VAB-MORTIER tractant chacun un mortier de 120 mm Rayé Tracté Modèle F1,

    • 12 systèmes d'arme portatives à très courte portée de type « MISTRAL ».

  • 20 engins du génie :

    • 16 engins blindés du génie montés sur châssis de chars de bataille AMX-30,

    • 4 ponts automoteurs d'accompagnement à deux travures de type GILLOIS.

Mentionnons ici que les 1ère et 3ème divisions blindées ne sont dotées que de deux régiments de chars mais au lieu de la dotation théorique de cinquante-trois engins (trois escadrons de dix-sept chars et deux engins de commandement régimentaire), leurs quatre régiments chacun possèdent une dotation théorique de soixante-dix engins (quatre escadrons de dix-sept chars et deux engins de commandement régimentaire).


On passe donc à un effectif de 172 chars de bataille au lieu des 191 chars de bataille indiqués supra avec huit escadrons de chars au lieu de neuf.

Après avoir présenté d'une manière théorique ces unités, voici ci-dessous les six divisions blindées en fonction au 1er janvier 1989 :

- - - / - - -
1
ère DIVISION BLINDÉE :

- - - / - - -
2
ème DIVISION BLINDÉE :

- - / - - -
3
ème DIVISION BLINDÉE :

- - - / - - -
5
ème DIVISION BLINDÉE :

- - - / - - -
7
ème DIVISION BLINDÉE :

- - - / - - -
10
ème DIVISION BLINDÉE :

 

- - - / - - -

RÉPARTITION DES MOYENS BLINDES :

 
 

1er corps d'armée

2ème corps d'armée

3ème corps d'armée

Total

 

1ère

division blindée

7ème division blindée

3ème division blindée

5ème division blindée

2ème division blindée

10ème division blindée

AMX-30 B2

/ …

53

140

159

/ ...

106

458

AMX-30

172

138

32

32

191

85

650

AMX-13/90

/ …

16

/ …

/ …

/ …

/ …

16

Total

172

207

172

191

191

191

1124

379

363

382

 

Comme nous pouvons le voir dans ce tableau, la répartition des chars entre les six divisions blindées (réparties deux par deux dans les trois corps d'armée) est assez homogène.

 

Cependant, nous pouvons voir que le 2ème corps d'armée est le « parent pauvre » de l'ordre de bataille avec une division à 172 chars et une autre à 191 engins blindés, soit un total de 363 chars (ratio de 181,5 engins par division).

 

Le 3ème corps d'armée avec une dotation de 382 chars de bataille se répartissant équitablement entre les deux divisions blindées ne peut pas faire mieux et possède deux unités conformes au modèle théorique.

 

Pour finir, penchons nous sur le 1er corps d'armée qui comptent 379 chars pour ses deux divisions blindées (ratio de 189,5 chars par divisions). Le total est donc proche de la dotation théorique (manque 1,5 chars par division en moyenne). Cependant ce total général prend en compte les 16 chars légers de type AMX-13/90. A final la moyenne des chars de bataille correspond à celui du 2ème corps d'armée.

 

En temps de guerre, s'y ajoutent 109 chars de bataille comptant aux 12ème et 14ème divisions légères blindées « école », soit un total général de 488 chars. Si ce chiffre est important, le ratio par unité est de 122 engins par grande unité divisionnaire, soit le chiffre le plus faible des trois corps d'armée.

 

Mentionnons pour comparaison, que la moyenne de chars de bataille en ligne dans un corps d'armée standard ouest-allemand est de 1000 (deux divisions blindées à 352 chars de bataille et une division mécanisée à 296 chars de bataille).

 

En matière de matériel blindé « optimisé », à défaut d'avoir un véhicule blindé comparable aux chars de bataille de type Léopard II (allemand) ou de type Abrams M1A1 (américain), nous pouvons voir que c'est le 2ème corps d'armée qui compte le plus de chars de bataille de type AMX-30B2 (299 engins) soit 61.78 % des 484 engins en ligne au 1er janvier 1989. Les 64 chars de bataille de type AMX-30B comptent à l'effectif des quatre régiments d'infanterie mécanisée.

 

Suit le 3ème corps d'armée avec 106 chars de bataille de type AMX-30B2 soit 21,90 % des engins en ligne. Les 276 autres engins en dotation sont des chars de bataille de type AMX-30B se répartissant de la manière suivante : 212 chars de bataille pour les régiments de chars de combat et 64 chars de bataille comptant à l'effectif des quatre régiments d'infanterie mécanisée.

 

Pour finir, penchons nous sur le 1er corps d'armée qui détient 53 chars de bataille de type AMX-30B2, s'y ajoute 26 chars de bataille de type AMX-30B2 comptant aux deux divisions légères blindées, soit 79 engins ou 16,32 % des engins en ligne.

 

Le programme « AMX-30B2 » ne représente que 38,47 % des 1258 engins blindés en dotation (divisions blindées + divisions légères blindées « école ») au 1er janvier 1989.




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