Entre réalité et prospective :
   L'armée de terre française en janvier 1989
 
David DELPORTE
 
 

LA DIVISION DU RHIN

 

MISE À JOUR DU 02 NOVEMBRE 2018

 

La division du Rhin n’est pas la plus connue de toutes les unités mises sur pied en 1989.

 

Cette unité d’aide au franchissement de coupures humides est mise sur pied au début des années 1970 sous le vocable « Zone de Franchissement du Rhin – ZFR ». Elle prendra le nom de « Division du Rhin » au 1er juillet 1984 avant d’être baptisée « Brigade d’Alsace » au 1er janvier 1993 pour être ensuite dissoute le 30 juillet 1999.

 

Le 1er juillet 1984, à l’issue de la dissolution de la 6ème division blindée et du transfert de son état-major dans le sud-Est en vue de la création de la 6ème division légère blindée, la 62ème division militaire territoriale mutualise ses moyens de commandement avec la « Zone de Franchissement du Rhin » et participe ainsi à la création du 156ème régiment de commandement et de soutien (unité de réserve avec noyau d’active), apportant ainsi rang et prérogative à la grande unité divisionnaire qu’est la nouvelle « division du Rhin ».

 

Constituée primitivement du 1er régiment du génie (active), des 10ème, 29ème et 31ème bataillons de chasseurs à pied (réserve) et du 59ème régiment d’artillerie sol-air (réserve), la Zone de Franchissement du Rhin devenue division du Rhin en 1984 amalgamera diverses unités pour être dotée au 1er janvier 1989 de quatre unités du génie, de quatre unités d’infanterie, de deux unités du Train et d’une unité d’artillerie.

 

La mission de la division du Rhin est très simple : elle œuvre pour le passage des grandes unités de combat et des forces logistiques de l’armée de terre en temps de guerre. En effet, hors les unités forces françaises qui stationnent en République Fédérale Allemande (trois divisions blindées et divers éléments organiques de corps d’armée et d’armée), les autres troupes se trouvent sur le territoire métropolitain.

 

Dès le déclenchement du conflit nous opposant vraisemblablement aux forces armées du Pacte de Varsovie et en fonction des « accords - cadre » signés avec les autorités ouest-allemande et « otaniennes », l’armée française s’engage tout ou partie sur le territoire de la République Fédérale Allemande.

 

Dans un premier temps, il s’agit donc de faire franchir le Rhin en toute sécurité à douze divisions, à deux corps d’armée et leurs éléments organiques dont deux brigades logistiques puis dans un second temps d’assurer le ravitaillement via le déplacement des unités du 1er commandement logistique.

 

A cet effet, la division du Rhin s’organise de la manière suivante :


Outre le 156ème régiment de commandement, cette division se compose de trois ensembles bien définis :

 
  • l’ensemble « franchissement » avec trois régiments et un bataillon du génie soit :

    • six compagnies de combat du génie,

    • quatre compagnies de ponts flottants motorisés,

    • une compagnie de franchissement US de 60 tonnes,

    • une compagnie d’équipage de pont fixe Bailey,

    • une compagnie de soutien,

    • une compagnie de bateaux,

 
  • l’ensemble « protection de l'avant » avec les trois bataillons de Chasseurs à pied et le 59ème régiment d’artillerie soit :

    • douze compagnies de combat d’infanterie,

    • trois batteries de tir sol-air dotées chacun de huit canons antiaériens de type Bofors de 40 mm,

    • trois compagnies d’éclairage et de combat dotées chacune de six mortiers de 120 mm et de six canons sans recul de 106 mm montés sur Jeep,

 
  • l'ensemble « protection de l'arrière » avec le 37ème régiment d'infanterie, le 59ème régiment d’artillerie et le 619ème régiment de circulation routière soit :

    • quatre compagnies de combat d’infanterie,

    • quatre escadrons de circulation routière,

    • une batterie de tir sol-air dotées chacun de huit canons antiaériens de type Bofors de 40 mm,

    • une compagnie de combat de l’Arme-Blindée-Cavalerie dotées d’automitrailleuses légère de type AML60 et AML90.

 

Cette grande unité constituée majoritairement de troupes de réserve, dépasse les 9 000 hommes, ce qui la mettra au même niveau que les quatre divisions blindées les plus fournies de la 1ère armée.

 

Les quatre compagnies de ponts flottants motorisés, la compagnie de franchissement US de 60 tonnes et la compagnie d’équipage de pont fixe Bailey sont le cœur du dispositif car elles assurent, par l’installation de divers modèles de pont, la capacité de démultiplication des axes.
 

Le 1er régiment du génie d'active et le 12ème régiment du génie (réserve) sont dotés chacun de deux compagnies de ponts flottants motorisés soit la possibilité d’installation maximale en temps de guerre de 1200 mètres de pont (300 mètres de pont par compagnie et 100 mètres de pont par section).

 

Le 16ème régiment du génie – unité de réserve – ne passera jamais sur ce type de matériels et restera sur du matériel ancien.

 

Au 1er janvier 1989, si l’on se réfère aux termes du TTA 155, le 16ème régiment du génie est normalement doté d’une compagnie de franchissement US de 60 tonnes et d’une compagnie d’équipage de pont fixe Bailey.

 

La compagnie d’équipage de pont fixe Bailey permettait la construction d’un pont d’une dimension maximale de 287 mètres alors que la compagnie de franchissement US 60 T permettait la construction d’un pont de 183 mètres ou quatre portières (déplacement à l’aide de vedettes) ou ponceaux.

 

Ces matériels sont d’origine américaine et datent des années 1950. Pour plus de détail sur ces matériels, vous pouvez vous tourner vers le site www.arme du génie.com.

 

Comme nous pouvons le voir, la Division du Rhin est donc capable de projeter sur le fleuve six moyens divers de franchissement allant de 180 à 300 mètres ce qui permet de démultiplier ou de remplacer selon les cas, les huit ponts déjà existant en temps de paix et reliant l’Alsace (rive gauche) de la République Fédérale Allemande (rive droite).

 

A ces six ponts projetés, ajoutons les moyens de transbordement du 83ème bataillon des engins fluviaux du génie.

 

Le 83ème bataillon des engins fluviaux du génie est une unité dont l'état-major est mis sur pied en temps de guerre mais dont les deux compagnies existent en temps de paix en dépendant administrativement du 32ème régiment du génie.

 

Ses deux compagnies (soutien et bateaux) sont référencées sous les numéros 831/32 et 832/32. En temps de guerre, le bataillon devient autonome et intègre la Division du Rhin sous le numéro 83. Ce bataillon disparaîtra au cours de l’année 1989 lorsque la compagnie 831/32 sera dissoute.
 

Au 1er janvier 1989, le 83ème bataillon des engins fluviaux du génie, héritier des Forces Maritimes du Rhin, est une grande unité de transbordement non point maritime mais fluvial. A ce titre, il est doté d’un nombre conséquent de matériels fluviaux référencés ainsi :

 
  • au titre de la compagnie de commandement et de soutien :

    • deux vedettes de police,

    • le bateau-école « Amiral Exelmans » qui sert de poste de commandement,

 
  • au titre de la 831ème compagnie de soutien :

    • deux vedettes de police,

    • deux remorqueurs,

    • un chaland de transbordement de type MR (capacité de transport de 55 tonnes) en réserve,

    • le ponton-atelier « Enclume »,

 
  • au titre de la 832ème compagnie de bateaux :

    • vingt-et-un chalands de transbordement (capacité globale de transport d’environ 4 000 tonnes),

      • neuf chalands de transbordement de type AS (capacité globale de transport de 1 150 tonnes),

      • six chalands de transbordement de type MR (capacité globale de transport de 330 tonnes),

      • trois chalands de transbordement de type MY long (capacité globale de 255 tonnes),

      • trois chalands de transbordement de type MY court (capacité globale de 225 tonnes),

    • huit bateaux de servitude (capacité globale de transport de 2 000 tonnes).

 

Sur ces trente-huit bâtiments, seuls treize au total sont armés en temps de paix.

 

Les ponts autour de Strasbourg sont les plus importants, c’est en cela que le 59ème régiment d’artillerie est chargé de la protection antiaérienne du pont rail-route de Beinheim et le pont de Gambsheim. Ce régiment est formé par les appelés ayant effectués leur service militaire au 53ème régiment d’artillerie de Mulheim.

 

Les trois bataillons de Chasseurs sont mis sur pied à partir des centres mobilisateurs de Colmar, Monswiller et Wolfisheim avec un recrutement local issu des appelés ayant fait leur service militaires aux 1er, 152ème et 153ème régiment d’infanterie encasernées respectivement à Sarrebourg, Colmar et Mutzig. Ils sont chargés de la protection des sites de franchissement sur le Rhin.

 

Le 37ème régiment interarmes divisionnaire est mis sur pied par le centre mobilisateur de Monswiller. Il est plus particulièrement chargé de la protection des itinéraires en zone arrière en compagnie du 619ème régiment de circulation routière.

 

Ce régiment de circulation routière est mis sur pied par le centre mobilisateur de Saint-Avold. Avec ses quatre escadrons, il est chargé de la gestion des facilités de déplacements en zone arrière des troupes composants la division du Rhin. Il peut être épaulé par le 622ème régiment de circulation routière d'Épinal qui est élément organique du 1er corps d'armée.

 

Au début des années 1990, le 1er corps d'armée sera dissous et ces deux régiments du train seront réunis au sein de la Division du Rhin qui deviendra ensuite Brigade d'Alsace.

 

Parlons maintenant de la répartition géographique des unités par rapport au Rhin.

 

La frontière entre l'Allemagne fédérale et la France, longue de cent quatre-vingt-quatre kilomètres, est le Rhin. La division divise donc son secteur d’emploi en trois « districts » de franchissement, chaque « district » étant sous la responsabilité d'un régiment du génie :

 
  • Le « district Nord » est affecté au 12ème régiment du génie. Il va de Lauterbourg à Drusenheim, soit une distance de quarante-trois kilomètres. Son unité de protection d'infanterie était le 10ème bataillon de Chasseurs à pied. Ce district comprenait :

    • un pont d'infrastructure,

    • un barrage,

    • un pont d'alerte,

    • deux bacs civils,

    • six sites de mises à l'eau.

 
  • le « district Centre » est affecté au 1er régiment du génie. Il va de Herrlisheim à Markolsheim, soit une distance de soixante-et-onze kilomètres. Son unité de protection d'infanterie était le 29ème bataillon de Chasseurs à pied. Ce district comprenait :

    • trois ponts d'infrastructure,

    • cinq barrages,

    • un bac civil,

    • une cale,

    • cinq sites de mises à l'eau.

 
  • le « district Sud » est affecté au 12ème régiment du génie. Il va de Balzenheim à Huningue, soit une distance de soixante-et-onze kilomètres. Son unité de protection d'infanterie était le 31ème bataillon de Chasseurs à pied. Ce district comprenait :

    • quatre ponts d’infrastructure,

    • un bac civil,

    • six cales de mises à l'eau

    • divers barrages.

 

C'est dans le « district sud » que le Rhin était doublé d'un grand canal, doublant les besoins de franchissement.

 

Tous ces renseignements ne sont pas de moi, ils proviennent d'un fil de discussion sur le site www.arme du génie.com. Je remercie tous les anciens de l'arme du Génie qui m'ont éclairé sur divers points obscurs. Je remercie également Mr Claude SIORGUS, ancien du 622ème régiment de circulation routière qui m'a apporté divers éclairages.




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