Entre réalité et prospective :
   L'armée de terre française en janvier 1989
 
David DELPORTE
 
 

LES FORCES FRANÇAISES A BERLIN

 

MISES A JOUR DU 23 JUILLET 2018

 

Les Forces Françaises à Berlin sont autant le signe de la résurgence de la puissance militaire françaises en 1945 que le symbole du monde dit « libre » face au bloc communiste tout au long de la 2ème partie du 20ème siècle.

 

En effet, faisant suite à la capitulation sans condition du régime nazi le 8 mai 1945, l'Allemagne dans ses frontières issues du traité de Versailles est occupée par les quatre grandes puissances que sont les États-unis, la France, la Grande-Bretagne et l'Union des Républiques Socialistes Soviétiques.

 

Ces quatre pays « découpent » l’Allemagne en quatre zones d’occupation. La partie orientale (soit un tiers du pays) revient à l’Union soviétique alors la partie occidentale (soit deux tiers du pays) est répartie entre les États-unis, la France, la Grande-Bretagne.

 

Mentionnons toutefois que la Pologne va occuper de facto la frange orientale de l'Allemagne jusqu’à la ligne dite « Oder-Neisse » et la partie sud de la Prusse Orientale. Ces territoires deviendrons polonais. La partie nord de la Prusse Orientale passera sous le giron soviétique. Les divers traités de paix qui seront signés ultérieurement valideront ces mouvements de territoires.

 

Une des conséquence du traité de Yalta est donc l'occupation militaire de l'Allemagne à partir de mai 1945 et la dissolution de tout l'appareil étatique allemand. Ce deuxième fait perdurera jusqu’en 1949.

Ces deux cartes sont issues de la page tribouilloyterminales.over-blog.com traitant de l'occupation de l'Allemagne après mai 1945.

 

Sans revenir sur l'histoire de l'Allemagne entre le 8 mai 1945 et le 3 octobre 1990 la création, le 23 mai 1949 de la République Fédérale Allemande et le 7 octobre 1949 de la République Démocratique Allemande, valide l'opposition idéologique des deux blocs et va maintenir de manière pérenne pendant quarante-et-un ans l'antagonisme militaire et civilisationnel.

 

C'est en cela que Berlin est la figure de proue des deux entités. Berlin-Est devient le 7 octobre 1949 la capitale de la République Démocratique Allemande alors que Berlin-Ouest incarne le symbole même du monde dit « libre » en plein cœur du monde communiste. Cet état de fait va se cristalliser en 1961 par la construction du « mur de Berlin ». Berlin-Ouest est donc devenu une île du monde occidental au milieu de l’océan communiste.

 

La défense du territoire ouest-berlinois est certes illusoire (cela n’engage que mon opinion) face à la puissance militaire du Pacte de Varsovie mais la présence des forces militaires des États-unis, de la France et de la Grande-Bretagne est un réconfort permanent pour les berlinois de l’ouest.

 

Les Forces Françaises à Berlin sont commandées par un officier général ayant rang de Gouverneur Militaire.

 

En temps de paix, ce militaire est sous responsabilité directe de l’ambassadeur de France à Bonn qui a titre de Haut-Commissaire à Berlin. Néanmoins, au titre des affaires politiques, le Gouverneur Militaire a comme adjoint un ministre délégué, fonctionnaire du quai d’Orsay. En temps de guerre, il passe sous commandement du Général, Chef d’État-major des Armées.

 

Mentionnons que ce système bicéphale a lieu d’être également dans les parties britanniques et américaines. La réunion des trois gouverneurs militaires, assistés des trois ministres est ce qu’on dénomme la « Kommandatura », organe interallié de gouvernement.

 

Mentionnons également que cet organe interallié est en lien direct avec la mairie de Berlin-Ouest.

 

Pour en revenir à nos fondamentaux, le secteur français, occupant la partie septentrionale de Berlin-Ouest, d’une surface de 95 km², englobe les districts de Reinickendorf et de Wedding. La majeure partie des troupes stationnent au quartier Napoléon (ex-caserne Hermann-Göring).
 

Deux autres emprises de moindre importance complètent le dispositif, à savoir le camp Foch et la caserne Jeanne d’Arc. Nous avons également la base aérienne 165 de Tegel qui se « confond » avec l’aéroport international tout en étant gérée par l’Armée de l’Air française sous la protection fonctionnelle de l’Armée de Terre.

 

Dans cette étude, nous nous consacrerons principalement aux composantes de l'Armée de Terre. C'est en cela que cette force militaire se présente de la manière suivante :

Comme nous pouvons le voir, les unités de l’Armée de Terre composant les Forces Françaises à Berlin, d’un effectif d’environ 3 000 hommes dont 1 900 appelés, se présentent sous forme d'une brigade qui se compose de :

 
  • trois unités de combat :

    • le 11ème régiment de Chasseurs avec quarante-et-un chars de bataille de type AMX-30B (en comptant les deux chars de commandement),

    • le 46ème régiment d'infanterie,

    • la 110ème compagnie du génie,

  • six unités de support :

    • la 11ème compagnie de transmissions (qui gère également la station « radio-France »),

    • le centre d’entraînement commando n°10 (géré par le 46ème régiment d'infanterie)

    • le commandement des troupes et services du secteur français de Berlin,

    • le 501ème établissement mixte d’habillement et de subsistance,

    • le détachement de l’Aviation Légère de l’Armée de terre,

    • le centre hospitalier des Armées Louis Pasteur.

Il ne faut pas non plus oublier la « Mission Militaire Française de Liaison » qui stationne à Berlin mais dépend directement des Forces Françaises stationnées en Allemagne.

 

Pour information et à titre de comparaison, les effectifs des forces alliées se présentent de la manière suivante :

 
  • pour l’armée américaine (5 800 hommes) :

    • une brigade de l’Armée de Terre constituée par :

      • trois bataillons d'infanterie,

      • une compagnie de combat dotée de chars M60,

      • une batterie d’artillerie dotée d'automoteurs,

      • les unités de service,

    • des éléments de l’Armée de l’Air sur l’aéroport de Tempelhof,

  • pour l’armée britannique (3 700 hommes) :

    • une brigade de l’Armée de Terre constituée par :

      • trois bataillons d'infanterie,

      • un escadron de combat dotée de chars Chieftain,

    • des éléments de l’Armée de l’Air sur l’aéroport de Gatow.

Revenons à notre sujet et penchons nous sur le 46ème régiment d’infanterie. Je voudrais remercier ici Frédéric ROUSSEL qui a servi au sein de la compagnie de commandement et d’appui de cette unité et qui m’a transmis divers renseignements quant à ce régiment.

 

Il nous indique que la compagnie de commandement et d’appui est organisée de la manière suivante :

 
  • une section de commandement,

  • une section d’état-major,

  • deux sections anti chars « MILAN » sur VAB,

  • une section antiaérienne avec canon de 20 mm AA sur camionnettes Unimog,

  • une section de mortiers lourds à 6 pièces de 120 tractées par VAB,

  • la musique régimentaire.

 

Il est intéressant de noter également que la 3ème compagnie de combat du 46ème régiment d’infanterie n’est pas dotée de véhicule de transport blindé de type VAB mais de camionnettes Unimog.

 

Comme nous pouvons le voir, le 46ème régiment d’infanterie est construit à l’image des régiments d’infanterie de division blindée, type d’unité prévu à l’organigramme des divisions blindées – modèle 1984.

 

A ces troupes de l'armée de Terre, il ne faut pas oublier les effectifs de l'Armée de l'Air et de la gendarmerie nationale.

 

Citons tout d’abord l’aéroport militaire de Tegel qui abrite la base aérienne 165 (d’un effectif total de 270 personnes) et l’escadron électronique sol EES 02.054. Les pistes, locaux et installations techniques sont protégées par les effectifs des deux régiments cités supra.

 

Selon les termes d’un document de l’ECPAD datant de 1994, il est indiqué qu’à partir du 1er septembre 1975, l’ensemble du trafic aérien civil ouest-berlinois est placé à Tegel, sous le contrôle des civils et des militaires français. Il compte cent quatre-vingt mouvements d’avions par jour et quatre millions et demi de passagers en 1988.
 

Une thèse de Géographie-Aménagement présentée par Hélène PEHREIN-ENGELS en 1994 et traitant des forces armées françaises en Allemagne indique que l’aéroport de Tegel « occupe le 3ème rang des aéroports français après Orly et Roissy et se trouve au 5ème rang des aéroports ouest-allemands après Francfort, Munich, Dusseldorf, Hambourg ».

 

Citons ensuite la gare de Tegel qui ouvre le 6 décembre 1947. Jusqu’alors, les Français utilisaient la gare de Wansee située dans le secteur américain au sud-ouest de la ville. La gare de Tegel accueille le Train Militaire Français de Berlin – TMFB qui effectue trois allers et retours hebdomadaires avec la gare de Strasbourg.

 

Passons maintenant à la Gendarmerie. Le détachement de la gendarmerie à Berlin, à l’effectif de 292 hommes, comprend :

 
  • un état-major au camp Foch,

  • un escadron de sécurité (unité mixte porté / automitrailleuses légères) au camp Foch,

  • les brigades prévôtales de Foch-Berlin et de Wedding,

  • une compagnie d’élèves-gendarmes à l’effectif de 120 élèves encasernée au quartier Napoléon.

Les missions du détachement gendarmerie sont :

 
  • d’assurer la sécurité des troupes,

  • d’endosser le rôle de police générale du secteur français et de surveiller les installations et les terrains sous contrôle du gouvernement militaire français à Berlin. Les gendarmes sont donc présents aux trois points de contrôle alliés : les check-points Alpha, Bravo et Charlie,

  • d’assurer les patrouilles quotidiennes le long du Mur et observer les mouvements depuis les tours installées près des édifices,

  • d’assurer les escortes pour de hautes personnalités,

  • d’assurer la sécurité des convois lors de déplacements du train militaire français de Berlin à Strasbourg,

  • d’accompagner les convois empruntant les couloirs routiers ou ferroviaires de Berlin.

 

De plus, mentionnons l’existence du détachement de gendarmerie de l’air qui assure les missions de brigade prévôtale sur la base aérienne 165 de Tegel.



 



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